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Beyondcauchemar

AntiquaireLust from Beyond appartient à la dimension de son prédécesseur, Lust for Darkness. Univers délétère développé par le studio Movie Games Lunarium, le titre pernicieux est disponible depuis le 11 mars 2021 sur PC (Steam).

Sous le masque de la luxure, Lust from Beyond semble moins bon que Lust for Darkness sans en être la suite directe. Cependant on retrouve pleinement les références méphistophéliques par le biais de Blake ou encore de Beksinski. En outre, on dénote encore une fois la présence recherchée d’après l’Art torturé de H.R. Giger.

Ce test a été réalisé d’après une licence acquise.

JEU INTERDIT AUX MINEURS DE MOINS DE 18 ANS

Synopsis

BleakmoorBeyondLust from Beyond : Votre dessein lubrique est lié au royaume de Lusst’ghaa. Les préliminaires débutent un soir depuis votre boutique d’antiquités. Vous êtes Victor Holloway, un gentleman odieusement tourmenté par des cauchemars malsains. L’amas de votre réalité altérée résulte alors de l’accouplement entre visions morbides et hédonisme latent. Dans un entêtement incompréhensible, vous partez ainsi rejoindre la secte des cultistes fermement décidé à décrypter vos rêves.

Hallucination évanescente de Lust for Darkness, la nouvelle œuvre érotico-morbide de Movie Games intrigue, séduit aux premiers abords. Car l’obtus, au sens figuré comme littéraire, pénètre et ouvre par conséquent le portail interdit du monde de l’Extase.

Lusst’ghaa vous susurre…

Du succubat à l’incubat

BeyondAmandaBienvenue chez les succubes : En lustrant les désirs de Victor, ce dernier a peut-être un rapport oublié avec la dimension démoniaque. Pour celles et ceux qui n’ont ni tâté du Prologue ou encore ni de la démo de Scarlet, Victor n’est pas le premier mâle à être victime de Iauv’abrare. Concernant le Prologue, les faits prennent place dans un manoir victorien avec Christopher. Tout comme Victor, il est appelé à rejoindre le culte grâce à ses rêves. Dans Lust from Beyond: Scarlet, vous êtes cette fois-ci dans la peau d’Alan qui se retrouve pris au piège dans un théâtre. A chaque fois, le rituel se répète selon un schéma identique.

Le terme « succube » vient du latin « subcubare » qui signifie coucher sous. Selon les mythes, un succube revêt les apparences d’une femme et va hanter le subconscient d’une cible masculine dans la finalité de lui soutirer sa semence. Il va ensuite se transformer en incube (aspect viril) pour féconder une jeune fille. On peut penser que Lusst’ghaa est un royaume indépendant des Enfers dont Iauv’abrare se nourrit d’âmes en les attirant grâce au succubat. D’autant plus que ces démons peuvent damner des âmes et donc par extension, avoir le reflet d’un défunt.

 Le dieu lubrique Iauv’abrare est-il une référence à Asmodée ?

Lusst’ghaadieu lubriqueAsmodée est le dieu perse de la luxure. Bien que son nom puisse être traduit comme « le démon de la colère » selon la langue avestique, Asmodée trouve réellement son sens de monstre débauché dans la Bible. L’ange déchu apparaît dans un texte chrétien pour la première fois dans le Livre de Tobie daté entre 225 et 175 av. J.-C. Ce récit est classé comme n’appartenant pas aux écrits hébraïques est dit « deutérocanonique ». En effet, il fait partie de la traduction grecque de la Bible hébraïque, la Septante. En bref, Asmodée a torturé la future épouse de Tobie, Sara car il voulait empêcher l’accomplissement de ses épousailles. Or, Tobie parvient à contrecarrer le démon en guérissant la cécité de son paternel (Nommé Tobit) avec un fiel de poisson.

Autrement dit, la dimension de Lusst’ghaa pourrait être en réalité l’Enfer d’Asmodée. De surcroît, petite aparté par rapport au film de Paranormal Activity 3 et Tobie : la petite sœur de Kate, Kristi se marie avec un certain Toby ! Pour en revenir avant tout à Lust from Beyond, les développeurs se sont certainement basés sur le mythe d’Asmodée. Le jeu n’est pas nécessairement alambiqué ; le script est d’une simplicité enfantine. Il est clairement édulcoré comparé à Lust for Darkness.

Qui saigne écarlate, habite à Bleakmoor

La ville des rêves

BoutiqueBleakmoorTout d’abord, Bleakmoor existe puisqu’il se trouve dans un quartier résidentiel situé à Rearsby au Royaume-Uni. Toutes les maisons sont quasiment identiques un peu comme la boutique d’antiquités de Victor durant le chapitre 2 (ci-contre). Par ailleurs lorsque ce dernier arrive sur les lieux, il découvre un endroit désert. La plupart des portes de pallier sont ornées par des bougies. Victor a beau chercher de l’aide, il découvre par hasard durant son investigation, que finalement les bougies symbolisent la participation des habitants à une mystérieuse fête.

Les côtés action et survie commencent à la fin du chapitre 3. Vous allez être rapidement confronté à une bande de fanatiques religieux, qui tenteront de vous tuer. Le camouflage (Touche C) peut-être précieuse mais seulement si vous êtes loin des assaillants. Votre meilleure option, c’est la fuite jusque vous disposiez d’une arme vous permettant une possible défense. Les raccourcis clavier sont personnalisables d’une part et assez classiques dans l’ensemble, d’autre part. Prenez toutefois garde face à certains adversaires tels les adeptes montés sur des échasses, vous ne pourrez que difficilement les abattre.

Entre carnations altérées et ambiance Ero-guro

SurréalismeEro-guroComparable au bestiaire de Silent Hill, celui de Lust from Beyond inspire dégout et effroi. Une piste picturale ouverte avec William Blake (1757-1827) et repris, par exemple, avec l’illustration The Evening Star (1952) de Virgil Finlay. Entre chimérisation de la chair et sa structuration repensée, ce procédé artistique révèle des créatures aussi nouvelles, qu’étranges. C’est en effet ce que H.R. Giger a parfaitement su faire dès 1976 : un extraterrestre hostile aux allures repoussantes, puis en constante mutation. Dans la même continuité, H.P. Lovecraft, outre les dimensions inconnues et démoniaques, a décrit dans sa littérature la greffe de membres inter-espèces grâce à son ouvrage Réanimateur (1922). Quant au peintre polonais Zdzislaw Beksinski (1929-2005), son coup de pinceau s’apparente davantage au surréalisme.

L’ambiance qui est enracinée dans Lust from Beyond est clairement imprégnée d’Ero-guro. Apparu au Japon avec Edogawa Ranpo, le mouvement débute en 1930. Conceptuellement, l’Ero-guro consiste à faire un alliage entre érotisme et divers paramètres tels le macabre ou le grotesque. Le dessinateur nippon actuel le plus connu est sans aucun doute Suehri Maruo. Dans Lust from Beyond, dès lors que le cercle sectaire invoque le dieu lubrique en prière à Lusst’ghaa, les adeptes commettent des actes combinant le sexe à la torture mortelle. Bien au-delà de la concupiscence et de la simple impunité, Iauv’abrare exige de ses adorateurs une dévotion poussée à son paroxysme.

Lust from Beyond séduit en dépit de ses défauts

Ce qui fâche

couloir de chairLilyDepuis la MAJ du Patch #1, les problèmes s’accumulent : crash de jeu en pleine partie ou encore impossibilité d’utiliser l’essence, etc. En outre, Lust from Beyond est bien plus énergivore qu’auparavant. Concernant les soucis de base, les textures graphiques sur les sols ainsi que des polygones fixés aux murs sont parfois constatés. Cependant ce sont ici des détails, comparé à l’essentiel. A commencer par la psychologie des personnages alliés ; en effet, à aucun moment l’on s’attache à eux. Ce genre d’aspect négatif est dommage. Parlons maintenant de l’intelligence des I.A. : elle est basique. Rien de bien transcendant puisqu’il vous suffira de courir en les contournant. Ils ne savent par exemple pas sauter sur des planches en bois.

Ce qui va par ailleurs fâcher plus que tout est le fait qu’on ne puisse tout simplement pas sélection manuellement une sauvegarde. Par conséquent, si votre partie est corrompue pour x raison, vous devrez à nouveau démarrer le jeu ! De surcroît, le temps de chargement peut paraître long pour certaines personnes (ce qui a un peu été diminué depuis Lust for Darkness). D’ailleurs pour celles et ceux qui possèdent un moniteur ultrawide, vous pourrez constater que depuis l’interface de l’inventaire, les objectifs listés sont littéralement coupés en bas de l’écran sur le côté gauche.

Ce qui ravie

TableaubeyondPremièrement, on se rend compte des légères améliorations apportées depuis Lust for Darkness. Que ce soit – on l’a dit juste avant – la diminution du temps de chargement, le système d’infiltration ou encore l’augmentation de la durée de vie. Deuxièmement, on appréciera fortement la qualité de la traduction en français. L’univers de Lusst’ghaa est selon nous, le plus gros point fort du jeu. En effet, ce dernier a été depuis l’opus précédent, nettement enrichi en termes de références. Que celles-ci soient artistiques ou littéraires.

D’une certaine façon (pour lier cette logique qui va suivre avec le paragraphe « Le dieu lubrique Iauv’abrare est-il une référence à Asmodée ? »), on peut dire que le royaume de Lusst’ghaa est l’antithèse de la Bible. Mais ceci est une affaire de point de vue.

Conclusion à coups de fouet

BeyondcorridorOn ne peut nier que le lancement de Lust from Beyond est réussit ! Notamment grâce à son contenu gratuit avec le Prologue sorti le 31 octobre 2019, suivi de Scarlet le 15 octobre 2020. Sans doute la meilleure stratégie marketing pour offrir ou séduire un avant-goût tiède à son public. Composé de quinze chapitres ajoutés à l’épilogue, la durée de vie du titre (entre 6 et 15 heures) est correcte pour le prix.

De surcroit, certaines modifications ont été apportées, ce qui améliore grandement l’expérience vidéoludique. Même si découvrir l’univers de Lusst’ghaa fut davantage adapté à travers Lust for Darkness, Lust from Beyond fait suinter.

7.0

Author's rating

Overall rating

Graphismes
7.0
Univers
9.0
Gameplay
7.0
Contenu
5.0
Note Globale
7.0
The good
  • Univers riche aux influences officielles citées : H.R. Giger, H.P. Lovecraft
  • Un plan marketing réussi (Le Prologue et la démo Scarlet ainsi que la promotion de lancement)
  • Excellente optimisation des FPS (Pas de soucis sous 60 FPS)
  • Une ambiance (bruitages et fonds sonores) parfaitement adaptée au thème de l' Ero-guro
  • Bestiaire intéressant qui se réfère aux peintres surréalistes de William Blake et de Zdzislaw Beksinski
  • Une bonne traduction en français
  • Gameplay correct (prise en main, phases de combat et d'infiltration)
  • Temps de chargement à la limite de l'acceptable
The bad
  • Personnages à la psychologie peu développée
  • Pas de sélection de sauvegarde : Impossible de revenir sur un chapitre donné
  • Quelques bugs parfois constatés concernant les textures au sol ou sur les murs
  • Soucis d'affichage des objectifs dans l'interface sous ultrawide
  • Une IA des ennemis discutable
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About author
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Claire Gozen

Passionnée par l’horreur depuis l’enfance, j’ai vu mon premier film très - trop ?- jeune. Que ce soit au premier ou second degré, mon amour pour "le côté obscur" s’est étendu progressivement aux jeux vidéos (Resident Evil, Silent Hill...), aux atmosphères post-apocalyptiques ou glauques (l'incontournable HP Lovecraft) ou encore aux jeux de plateau (Les demeures de l'épouvante...). Je satisfais mes envies créatrices via la photographie Urbex, le dessin, et - accessoirement - par une dévotion totale à l'écriture d'articles sur votre site de Dark Culture préféré ! Artiste Ouverte sur le monde